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Sergent Daniel CASTRE


Biographie :

Source (Photos et Documents): Mr Hervé CASTRE, le Fils du Sergent Daniel CASTRE


La carrière du Sergent Daniel CASTRE

Bénéficiant de l'essor de l'Aviation Populaire, Daniel CASTRE est breveté pilote d'avion de tourisme le 30 septembre 1937 à 18 ans.
Il s'engage pour trois ans au titre du bataillon de l'air en avril 1938 et est Breveté pilote militaire en août 1938 à Bourges (centre école de perfectionnement de l'aviation populaire)
Après un stage de perfectionnement à Istres, Daniel CASTRE est confirmé pilote de bombardement et sera affecté au en juillet 1939 au Groupe Aérien de Reconnaissance GR I/14 basé à Mourmelon et équipé de BLOCH 131.
Au cours de la "Drôle de Guerre " le Groupe est transformé sur POTEZ 63/11 à Romilly-sur-Seine
Le Sergent Daniel CASTRE sera abattu lors d'une mission de reconnaissance de blindés ennemis dans la région de Wavres le 15 mai 1940 (Voir chapitre suivant)
Blessé, il réussit néammoins à rejoindre Dunkerque le 18 mai 1940 et à embarquer pour l'Angletterre dans la nuit du 31 mai au 1er juin 1940.
Il sera cependant refoulé à Douvres, et regagne Cherbourg. It retrouvera par chance son unité à Caen le 4 juin 1940

Pour sa mission du 15 Mai 1940, Daniel CASTRE sera cité à l'ordre de l'Armée aérienne : " bien que blessé a réussi à poser son appareil sérieusement atteint par le tir des armes ennemies et sauver ainsi son équipage " Cette citation emporte l'attribution de la croix de guerre 39-45 avec palme
En avril 1941, il se réengage pour un an, toujours au groupe aérien 1/14 . Au cours des missions au sein de ce Groupe, il sera contraint de se poser en catastrophe à deux autres reprises
Démobilisé fin avril 1942, Daniel CASTRE rejoint sa famille en "zone rouge" et integre par la suite, le mouvement de résistance WO-FOFACH en qualité de chef de groupe pour le renseignement
Il reprend le service actif en octobre 1944 au bataillon de l'air à Lille et effectuera un Stage à l'école de transformation de Tours et à l'école des moniteurs d'AVORD
Daniel CASTRE sera finalement démobilisé en mai 1946
Il sera Médaillé militaire le 1er décembre 1974


Périple du Sergent Daniel CASTRE, pilote de l'armée de l'air, du 14 mai au 4 juin 1940 au coeur de la bataille de Dunkerque
Dans l'après-midi du 14 mai, notre groupe GAR (Groupe Aérien Autonome) 1/14 quitte le terrain de CLASTRES, près de ST QUENTIN pour atterrir près de VALENCIENNES où un cantonnement sommaire nous attend (manque de logements suffisants). Vers 4h00 le matin du 15, le commandant de mon escadrille, le capitaine FREBILLOT me réveille en m'informant que je pars en mission, remplaçant le pilote d'alerte introuvable à cette heure.

Mise au courant rapide du but de la mission, reconnaissance à vue, recherche d'éléments blindés suivant les axes CHARLEROI-WAVRES-JODOIGNE-EGHEZEE-NAMUR PERWEZ-FOSSE. Retour par CHARLEROI-MAUBEUGE. Altitude:1200 mètres. Protection de chasse prévue de 4H30 à 5h30 sur la ligne de front.

Equipage :

Observateur : Lieutenant DELAUNAY
Pilote : Sergent CASTRE
Mitrailleur : Sergent BERNET
Avion : Bimoteur triplace de reconnaissance POTEZ 63/11

Décollage : 4h50
La brume est assez dense au sol. Nous prenons notre altitude sur notre axe de route vers CHARLEROI. Le mitrailleur me signale une formation de 3 Me 109 du côté de COURCELLES à 200 mètres. Ils ne s'intéressent pas à nous. Brume dense dans la vallée de la DYLE. Pas de circulation apparente sur la route WAWRES - GEMBLOUX, route Est partant de WAWRES.
Sur la route LOUVAIN-EGHEZEE par contre, circulation intense de camions, non identifiés.
A la verticale de LATHUY (nord-ouest de JODOIGNE) nous subissons un tir nourri d'armes automatiques, les trajectoires de balles traçantes nous encadrent, il faut louvoyer pour dérégler les tirs.
Au dessus de HUPPAYE, cela se gâte, la flak nous accueille. Un obus éclate à proximité. Le lieutenant DELAUNAY est touché aux deux jambes. Je décide d'arrêter la mission, mais un feu très nourri et meurtrier nous poursuit, un obus éclate juste sous le ventre de notre appareil qui est soufflé. Le moteur droit est touché, une épaisse fumée s'échappe du capot moteur déchiqueté, un éclat me cisaille le cuir de ma chaussure. Je mets l'hélice en drapeau et arrive à juguler le feu au moteur droit, nous mettons le cap sur le noeud de voie ferrées au sud de JODOIGNE. Le moteur gauche m'inquiète, une baisse de régime. Nous perdons de l'altitude.
Je recommande au mitrailleur le Sergent BERNET de sauter. Je reste aux commandes. le Lieutenant DELAUNAY, blessé ne pouvant évacuer l'avion, je vais tenter de poser l'appareil sur un terrain à l'est de BRUXELLES (MELSBROCK). Les gouvernes répondent mal, des commandes sont surement endommagées.
Le train d'atterrissage est défaillant, une roue reste bloquée, je déverrouille aussitôt, nous passons un obstacle de justesse, l'avion glisse sur le terrain herbeux perdant des éléments de capotage, hélices tordues. Le contact brutal avec le sol a pour conséquences de projeter l'observateur blessé contre le vitrage de nez de l'avion. Mon harnais ayant lâché je percute le collimateur de tir. Le visage ensanglanté j'ai le réflexe d'ouvrir ma verrière, de me hisser sur l'aile et aider à sortir mon observateur. Nous glissons tous deux sur le sol et perdons connaissance.
Après les premiers soins et nous être restaurés, car nous n'avions rien pris avant notre départ, les militaires belges nous dirigent tous deux sur l'institut EDITH CAWELL. Un capitaine de l'armée de l'air belge nous interroge et promet d'avertir notre commandement (promesse qu'il oubliera aussitôt !!).
Le lieutenant DELAUNAY subit une première radiographie qui décèle 4 éclats dans la jambe gauche et 1 dans la jambe droite. De plus, il a un traumatisme sérieux à l'annulaire (?) gauche et se plaint de douleurs aux reins et au ventre, consécutifs à l'atterrissage plus que brutal.
Pour ma part, coupure assez profonde à la base du nez et hématome frontal.
Nous recevons du personnel de l'institut un accueil chaleureux et des soins hors pair. A tel point qu'une infirmière apprenant que je fumais la pipe, m'apporta un paquet de tabac et une excellente pipe de bruyère.
Vers 22 heures, on nous conduit en gare de Bruxelles où nous prenons place dans un train sanitaire, direction. OSTENDE.
Admission à l'hôpital militaire complémentaire où je partage une chambre avec un officier du 18ème régiment cycliste qui a combattu à MAASTRICHT et deux sous-officiers aviateurs belges. Nous avons la visite de hautes autorités belges et françaises.

Le 17 en soirée, le lieutenant DELAUNAY est évacué sur l'Angleterre après m'avoir décerné la mention : " je tiens à souligner la dextérité et le parfait sang froid du Sgt CASTRE et son excellente camaraderie ensuite ".

Le 18, en matinée, je quitte l'hôpital, malgré l'insistance du major et me rend à l'Etat-major d'une division française. En cours de route je me fais arrêter par la police belge qui me soupçonne d'être un parachutiste allemand et me relâche après de laborieuses explications.
En fin de journée, je profite d'une liaison sur Dunkerque.

Au cours de la nuit du 18 au 19 mai 1940, que je passe près de mes parents, les premiers bombardiers allemands s'acharnent sur les raffineries de pétrole et les installations portuaires, accompagnées du bruit sinistre des sirènes équipant les JU 87 (junkers ou stukas). Les bombes incendiaires font des ravages un peu partout dans la ville.

Journée du 19 assez calme.La nuit suivante, des quartiers de la ville sont bombardées.

Lundi 20, en début de matinée je prends contact avec le bureau de la place où l'on me suggère de me rendre à la gare pour évacuation. Le capitaine responsable qui s'y trouve me déclare qu'il n'y a plus de départs et me conseille de me rendre à Mardyck où le groupe de chasse 1/4 est basé. Malheureusement celui-ci a évacué depuis l'aube. Il reste la compagnie de l'air 55/104 qui me dirige sur le secteur n°1 de l'Armée de l'Air à Boulogne où j'arrive vers 16h00. Ordre est donné de faire mouvement sur Abbeville à 22 heures. Il faut passer la Somme avant 4h00 le 21 car les ponts sauteront. Nous prenons du retard à cause des colonnes de civils qui tentent d'évacuer. Quand nous arrivons à proximité, nous sommes accueillis par le tir d'armes automatiques. Impossible d'avancer ou de faire demi-tour avec le convoi. Retour à pied sur Berck-Plage. J'apprends que plusieurs avions Nieuport 40 sont sans pilotes. Je suis volontaire pour en sauver un. Malgré ma proposition nous quittons Berck dans la soirée en laissant cinq ou six appareils et des hangars en flammes. Les Allemands survolent sans interruption la région et lâchent au hasard des chapelets de bombes. Des combats aériens doivent se dérouler en altitude car l'on perçoit le bruit des rafales de mitrailleuses. Nous repartons du Portel vers Gravelines. J'ai réussi à prendre place sur une remorque de projecteur où l'on installe tant bien que mal une mitrailleuse 12,7. Nous passons Boulogne, un bombardier s'acharne sur un pétrolier au large sans succès.

Arrivés à Gravelines nous sommes requis de défendre l'accès du Pont tournant enjambant l'Aa, avec comme moyen de feu un canon antiaérien de 25 et des fusils MAS 36. Nous sommes relevés le lendemain matin et refluons sur Mardyck.

Le 24, accompagnés de quatre autres sous-officiers de l'Armée de l'Air, repliés comme moi, nous nous rendons au Bastion 32 dans l'espoir de nous faire évacuer par mer. Bien reçus, réconfortés, on nous demande d'attendre.
J'aide au ravitaillement des éléments qui se trouvent sur le terrain de Mardyck, à travers les alertes successives. La place Vauban à Dunkerque où se trouve la manutention militaire est particulièrement visée ainsi que la gare où une dizaine de wagons citernes sont en flammes.Quelques apparitions de chasseurs anglais et français ne peuvent juguler la nuée d'avions ennemis.
Le 31, nous recevons l'ordre de nous préparer à embarquer. Le soir nous nous rendons à Dunkerque. Spectacle hallucinant. Le long de la Défense Mobile, des attelages de chevaux tués gisant sur le pavé, des cadavres de soldats et un matériel incroyable abandonné. Une fumée épaisse stagne au ras du sol. Le port est détruit avec les épaves de bateaux coulés dans les bassins et les écluses sur la jetée d'embecquetage en aval de l'écluse Watier une longue file de soldats nous précède. Le " Sauternes ", notre bateau nous accueille entre deux alertes. Nous sommes près de 300, dans les cales et sur le pont, serrés comme des harengs en caque. On nous annonce Douvres comme point de débarquement. Nous sortons du chenal vers 22h00, une explosion, des cris, un bateau nous précédant vient de sauter sur une mine. Nous récupérons une cinquantaine de rescapés. A l'aube nous apercevons les falaises anglaises. Nous évitons une mine de justesse.
Désillusion : les Anglais ne veulent pas nous laisser débarquer et nous mettons le cap sur Cherbourg où nous n'accédons au port que le matin du 2 juin. Nous apprenons que 3 navires sur 6 qui formaient le convoi ont réussi à passer.
Dans le courant de l'après-midi nous embarquons dans des wagons de marchandises à destination de Caen où nous arrivons le lendemain 3 juin après avoir cantonné à Cerisy La Forêt.
A Caen nous nous rendons à la base aérienne où j'essaie, sans succès d'avoir des nouvelles de mon groupe. Le 4 j'apprends que je vais être dirigé sur Paris, désoeuvré je déambule sur le terrain jusqu'en soirée où surprise…Au coin d'un hangar, sur un tracteur FAR, je reconnais un mécanicien de mon groupe, une dizaine de mes camarades d'escadrille sont ici pour ravitaillement, mon groupe se trouvant à Fontenay, à une dizaine de kilomètres de Caen.
Retrouvailles, on me croyait disparu. Du commandant au simple soldat, tout le monde m'embrasse. Je retrouve avec beaucoup d'émotions, mon mitrailleur qui avait sauté en parachute lors de notre mission du 15 mai

 


Citation :
27 aout 1940
Citations à l'ordre de l'armée aérienne comportant de la Croix de guerre avec palme :

Jeune sous-officier pilote plein d'allant. Bien que blessé, a réussi à poser son appareil sérieusement atteint par le tir des armes ennemies sauver ainsi son équipage,.