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Sergent-Chef Corentin QUIDEAU


Biographie

Source (Photos et documents) : Page publiée avec l'aimable autorisation de Mr Jean-Claude QUIDEAU : le Sergent-Chef Corentin QUIDEAU était son Grand-Oncle.
Le texte ci-dessous est extrait du Site de Mr QUIDEAU : Le Leo 451 n°95 ne répond plus
Sur ce site, vous trouverez une page très détaillée sur Corentin Quideau, bien sûr, mais aussi sur le GB I/31, ses hommes, un hommage au travail de recherche des pilotes décédés réalisé par Mme Germaine l’Herbier-Montagnon et bien d'autres sujets très détaillés.

 

Voici l’histoire de l’aviateur Corentin Jean-Marie Quideau :

Corentin Quideau est né le 27 mai 1917 à Plobannalec dans un « penty » situé au cœur du bourg. Aujourd’hui c’est la commune de Plobannalec-Lesconil dans le pays bigouden.
Pratiquement toute la famille habitait dans ce corps de ferme faisant anciennement partie d’un vieux manoir breton.

En 1937, Il s’engage dans l’armée de l’Air.
Il suit les cours de radio navigant à la Base Aérienne de Saint-Jean d’Angely- Fontenet dans la Charente-Maritime.
A partir de juillet1937, la 2 ième escadrille de la 31ième escadre de bombardement de Tours, équipée de Bloch MB200, participa à de nombreuses manifestations, en particulier celles du 14 juillet.
Le 14 juillet 1937, le Bloch MB 200 n° 122 piloté par Laurent Pochart avec le Lieutenant Prat comme Chef de bord, l’aspirant Leroux, le sergent-chef Bordenave et le caporal-chef Quideau participèrent au défilé du 14 juillet au-dessus de Paris.

En 1938, Corentin Quideau obtient son brevet de radio navigant. Promu sergent il est affecté sur les bombardiers Bloch MB-200.
Il fait la connaissance de Laurent Pochart, déjà pilote chevronné, breton du Finistère né à Saint-Pierre Quilbignon, un quartier de Brest.

En 1939, il est affecté sur les nouveaux bombardiers Lioré & Olivier 45 (LeO) qui commencent tout juste à équiper l’Armée de l’Air.
Il rejoint le Groupement d’instruction de l’aviation de bombardement du Sud-Est puis à l’issue, l’escadre de bombardement N° 6 à la base aérienne 101 de Toulouse -Francazal qui héberge les escadres de bombardement du Sud-Est.
Il retrouve son camarade breton Laurent Pochart, qui a déjà piloté bon nombre de LeO 45: les n° 3, 4, 6, 22, 27, 94 et le n° 18 lors de la mission de guerre en septembre 1939 de Connantre à Coblentz et retour.
Il est affecté à la 31ième escadre, basée à Lézignan – Corbières commandée par le Lieutenant-colonel Devé.

Cette 31 ème Escadre, est commandée au début par le Lieutenant Hirsch puis à compter du 29 10 1939, dirigée par le Commandant Schmitter.
En 1939, la 31 ième Escadre de bombardement était composée deux groupes le I/31 et le II/31
Chaque groupe ou escadron comportait deux escadrilles.
- Le 1/31 équipé de 14 LeO 451 commandé le lieutenant Hirsch à compter du 01 09 1939. L’insigne de l’escadrille 1/31était un aigle d’or passant au travers d’un fer à cheval rouge.
- Le 2/31 équipé de 11 LeO 451 commandé par le commandant Chasseval puis par le capitaine Moncheaux du 15/12/1939 au 20/05/1940, et enfin par le lieutenant Fangeaux. L’insigne de l’escadrille était un porc-épic avec pour «qui s’y frotte s’y pique ».
Les N° de série des LeO n’étaient pas portés sur le fuselage.
Pour la 12 et la 31e escadre les numéros apparus à côté de la cocarde de fuselage n’étaient pas ceux de série mais des codes tactiques. Pour la 31ième escadre ils n’ont été apposés qu’à partir du 24 mai 1940.
Les numéros tactiques étaient répartis comme suit pour la 31 :
- GB I/31 : 10 à 19 pour la 1re escadrille, 20 à 29 pour la 2eme escadrille.
- GB II/31 : 31 à 39 pour la 3eme escadrille, 41 à 49 pour la 4eme escadrille.

Le n° 95 n’avait donc ni insigne ni numéro tactique lors de sa chute le 20 mai 1940. Il portait seulement sous ses ailes son numéro noir d’immatriculation : I – 631 (I-6 sous l’aile gauche et 31 sous la droite).

14 avril 1940, le dernier vol du LeO 451 n° 111

L’adjudant pilote Laurent Pochart décolle de la base aérienne le Lézignan aux commandes du LeO n° 111.
Peu de temps après le décollage, toujours délicat sur ce type d’appareil, (voir plus loin dans le récit, le témoignage de Pierre Salva dans son livre, le LeO n° 111 s’écrase au sol à 15h00 à Conilhac Corbières, au lieu-dit “Entre deux Jourres”.
En effet ce magnifique avion, Leo 451, présentait un excès de poids du à la solidité de sa structure qui signifiait aussi des performances ascensionnelles très moyennes et un plafond médiocre.
Décoller à pleine charge était moins facile avec le Lioré 451 que sur des avions moins pensés pour la maniabilité.
Un problème très grave apparut cependant dès que l’avion fut intégré au sein des unités. : La moindre perte de puissance au décollage entraînait un crash, mortel lorsque l’avion est à la fois plein d’essence et rempli de bombes.
Du 3 Septembre 1939 au 10 Mai 1940 inclus il y eut 20 accidents dont une partie importante causa des décès et des blessures graves. Cela représentait environ 20% de pertes.
L’ Adjudant Laurent Pochart fut l’une de ses victimes de décollage manqué avec décrochage et écrasement sur le dos.
Il comptait pourtant 1100 heures de vol dont 100 de nuit.
Il avait piloté durant sa brève carrière les LeO numéros 3 ,4 ,6 ,18, 22, 2, 94, 95, et le dernier le 111…avec lequel il a connu une triste fin, peu de temps avant bon nombre de ses camarades de la 31 ième Escadre de Bombardement.
Laurent Pochart est cité à l’ordre de l’Escadre pour l’accomplissement de quatre missions de reconnaissance en territoire ennemi.

Corentin Quideau perd un de ses amis. Peu de temps après il perdra aussi la vie .

Les bombardiers et leurs équipages littéralement sacrifiés en 1940
Les Lioré et Olivier 451 furent des bombardiers aux actions héroïques mais désespérées.
Lors des premiers combats de 1940, les malheureux Leo-451 qui furent envoyés sur le front de la Meuse se firent presque tous « hachés » par les canons antiaériens de la Flack (Fliegger Abwehr Kanone) et les Messerschmitt Bf 109 et 110 de la chasse allemande qui dominaient littéralement le ciel.

Le 20 Mai 1940 depuis le terrain de Claye-Souilly dans la Somme :

Seuls 3 bombardiers parviendront à participer à cette mission.
A 19h00, les 3 appareils décollent et sont envoyés sur les colonnes motorisées entre Amiens et le canal Albert. Un des appareils, le LeO n° 79 du lieutenant Picelet fait demi-tour à cause de difficultés de navigation.
Le lieutenant Hourtic poursuit son récit:
« Du groupe I/31, il ne reste que deux avions disponibles : celui du capitaine Moncheaux, le LeO 45 n° 95, et le mien n° 106 ».
« Le capitaine Moncheaux commande la mission, je dois me placer derrière lui et six appareils du deuxième groupe doivent nous suivre, mais pendant toute la mission je ne les verrai pas, j’ignore ce qu’ils ont fait ».
« Je donne l’ordre de dégager, et c’est en léger piqué, pleine gomme, que nous rejoignons le capitaine Moncheaux, à l’ouest d’Amiens ».
« Du sol, montent toujours vers nous les trajectoires rouges des balles traçantes. Heureux d’avoir rempli notre mission, nous fonçons en direction du terrain. Plus que quelques minutes de vol, et nous retrouverons nos camarades. Mais une forte odeur de brûlé arrive jusqu’à ma place, en même temps mon radio, le caporal Roger me dit son inquiétude. Je me retourne et vois mon canonnier, le sergent Desneux qui fait des gestes que je ne comprends pas, je n’ai plus de liaison téléphonique avec lui, mais je lui fais signe de regarder le ciel, car je crains la chasse plus que ces traînées rouges qui montent vers nous ».
« Plus tard, Desneux me dira que lorsque nous avons bombardé, le moteur droit laissait déjà derrière lui une traînée de fumée noire. Nous avions été touchés à l’aller par un projectile venu du sol. Nous sommes toujours à la hauteur du capitaine Moncheaux. Je le vois à son poste de commandant d’avion, mesurer la route sur sa carte. C’est la dernière vision que j’aurai de lui ».
« À ce moment les obus éclatent dans le fuselage, des gerbes de feu entourent mon appareil et malgré le miaulement des moteurs qui tournent à plein régime, j’entends mon pauvre taxi craquer de partout. Nous sommes attaqués par la chasse ; tout à l’heure des soldats me diront que 22 chasseurs étaient à nos trousses. Je regarde l’heure à ma montre de bord : il est 19h50.
J’aperçois l’avion du capitaine Moncheaux qui laisse derrière lui une longue traînée de feu et descend légèrement : son canonnier tire sur les chasseurs que je ne peux voir de ma place, puis l’avion disparaît de ma vue ».

Le récit du lieutenant Hourtic sera consignée dans le livre de Germaine l’Herbier-Montagnon: « Disparus dans ciel »

« Je ne sais rien de Moncheaux. J’ai envoyé un compte rendu de la mission à mon commandant, et suis sans nouvelles de mon groupe. La première infirmière qui me soigne m’apprend que son cousin est aviateur. Tragique coïncidence, c’est la cousine du lieutenant Sudres, qui pilotait l’avion du capitaine Moncheaux. Je lui raconte notre combat. J’ai confiance en Sudres, très bon pilote, il a peut-être posé le taxi quelque part en campagne. J’écris à Madame Moncheaux ; je lui dis mon espoir ».

Hélas, on sera plus tard ce qu’il advint au LeO N° 95
Le LeO N° 95, après avoir été touché par des tirs anti-aérien fut pris en chasse par des Messerschmitt Bf 109 de l’Escadron de chasseurs n° 27(JG 27).
C’est volontairement, à cours de munitions, que le pilote, le lieutenant Sudres fonça sur l’un de ses assaillants. Les deux avions s’écrasèrent.
Le LeO numéro 95, en perdition s’écrasa vers 20h50 dans un champ appartenant à monsieur Elie Douchet.
Ce champ est situé près de la route de Jumel à Rossignol, pas très loin de la commune de Berny-sur-Noye dans la Somme.
De nos jours, Berny-sur-Noye fait partie de la commune de Ailly-sur-Noye.
L’avion s’ embrasa aussitôt ne laissant aucune chance aux quatre malheureux aviateurs. L’appareil fut totalement calciné, il ne restait que quelques débris.
L’équipage du LeO N° 95 était composé de:
- Capitaine Jean Moncheaux, pilote,navigateur, Chef d’ Aéronef,
- Lieutenant Augustin Sudres, pilote, observateur,
- Sergent-chef Corentin Quideau radio,
- Sergent-chef Pierre Sommesous, canonnier).

Dans les rapports, il n’est fait aucune mention du chasseur Bf 109 percuté par le bombardier numéro 95. Il a pourtant a été vu par les habitants de Berny-sur-Noye tombant en flammes à 20H30 le 20 mai 1940 avec le LeO. Aucun parachute ne fut aperçu.
Les allemands, les premiers sur les lieux du crash ont sans doute fait disparaitre les débris du Messerschmitt Bf 109. Ils ne voulaient sans doute pas que l’on sache que le fleuron de leur chasse ait été abattu par un « modeste bombardier » français.
En plus de cet aéronef véritablement abordé par le LeO n° 95, trois ou quatre chasseurs auraient été touchés par les tirs, mais ceci demande à être vérifié.

Il existe encore beaucoup de zones d’ombre sur ce crash:

– Où est passée l’épave du Bf 109 que le LeO 95 à harponné volontairement ?
– Pourquoi n’a on trouvé que les restes calcinés de trois membres du Leo ?
– Où se trouvaient les restes du quatrième membre de l’équipage ?
– De qui s’agit-il ? Corentin Quideau, probablement comme l’indique la fiche 71(7) de Germaine l’Herbier Montagnon.
Il y eu cinq cadavres d’inhumés d’après le rapport de Germaine l’Herbier Montagnon: 3 corps à Berny et 2 à Cempuis,
L’équipage du Leo n°95 était composé de quatre membres.
Qui est ce cinquième corps dont parlent les témoins du crash et qui est cité dans un rapport du 12 août 1942 (fiche n° 71 de la Croix-Rouge signé de Germaine L’Herbier)?
S’agit-il du pilote allemand percuté par le LeO N° 95? Les « nettoyeurs » de l’organisation Todt auraient-ils oublié de récupérer leur pilote ?
– à qui appartient l’insigne de pilote n° 16824 ? Jean Moncheaux sans doute.
– à qui appartient l’insigne de mécanicien? Pierre Soummesous sans doute.
– combien de chasseurs ont été touchés ou abattus par les deux Leo, le 95 et le 106 ?
– Les archives allemandes peuvent elles s’ouvrir et nous renseigner sur ce combat du 20 mai 1940 ?

Adolf Galland revendique une victoire sur Potez 63. Il a confondu un Potez avec un LeO, le n° 95, sans doute.